19h, Vendredi, le week-end est enfin là ! Au chaud, perdue dans mes pensées … Quelle douce sensation.

Playlist Playing : Tell Me – Krept & Konan

Je suis dans le contexte parfait pour continuer de te conter mon histoire. Souviens-toi, Daniel et moi on s’est installés ensemble. Dans 1 premier appartement, puis quelque temps après, dans un 2nd dont il est l’heureux propriétaire. On s’aime vraiment, on passe de beaux moments ensemble, à meubler notre appartement, à faire des projets pour le futur, à voyager. C’est si doux ! Doux d’avoir quelqu’un qui pense à nous constamment, d’avoir une personne à laquelle penser constamment, une personne sur qui compter, une personne qui le soir au coucher te prend dans ses bras, te rapproche de son torse, te câline, te bisoute. Avec laquelle tu te sens bien, respectée, valorisée. Qui te demande comment tu vas, et prend la peine de t’écouter, qui te tire vers le haut et envers qui tu fais tout ceci pareillement, parce-ce que tu le souhaites et que tu te sens bien avec. Bref, c’est le big love quoi. Ca a duré quelques années.

Pendant tout ce temps, il y a toujours eu quelques nuages noirs qui zonaient autour de cette relation. Nous choisissions de les considérer ou pas au gré de nos envies. L’une de ces ombres était la maman de Daniel. Dès le départ j’ai eu énormément de respect pour cette femme, pour l’éducation qu’elle avait donnée, seule, à ses enfants. Elle menait la barque d’une main de fer. J’ai vite compris, néanmoins, que tout le monde n’était pas bienvenu dans cette barque. Je pense pouvoir dire encore aujourd’hui, qu’elle ne m’a jamais aimée, même si je ne suis pas certaine de connaître les raisons de ce désamour. Cela a toujours beaucoup troublé Daniel, ce qui est normal. Mais j’ai aussi vite fini par comprendre que s’il n’arrivait pas à être ferme face à elle, cela compliquerait le tout … Ce fut le cas. Petit à petit, je me sentais étrangère lors des réunions de famille, pourtant, vivant loin de la mienne, j’avais pensé en retrouver une. Petit à petit, on me faisait comprendre que JE N’ETAIS PAS ASSEZ. Pas assez ci, pas assez ça … Pas à la hauteur, tout court. J’ai alors commencé à redoubler d’efforts pour être appréciée, acceptée, pour montrer que j’avais reçu une bonne éducation, celle d’une fille qui a de bonnes manières, qui tient bien une maison, qui sait être docile, qui n’a pas un trop fort caractère. Ce serait si long de rentrer dans des détails et de donner des exemples concrets, mais ça commençait à devenir de plus en plus compliqué, car mes efforts ne payaient point.

Daniel étant le seul mâle de la maison, entouré principalement de soeurs, de tantes, qui le mettaient toutes sur un piédestal, j’aurais dû imaginer que ce ne serait pas facile de pénétrer ce clan, j’aurais pu imaginer que le choisir lui comme conjoint c’était en fait choisir un package, à savoir lui + sa famille. Au fur et à mesure, l’idée que je me faisais de l’amour, du couple, s’éloignait de plus en plus des Disneys et des séries/romans à l’eau de rose avec lesquel-les on grandit et on se construit quand on est ado. Je devenais adulte ! La petite voix revenait de temps en temps : « l’amour à lui seul est-il suffisant ? » « pourras-tu tenir longtemps ainsi si tu le choisis comme partenaire de vie ? » « et toi, qui es-tu, que veux-tu réellement au milieu de tout ça ? » « mais as-tu le choix en fait ? ». Parfois je me laissais aller à m’imaginer me séparer de lui et de sa famille, mais jamais trop longtemps car c’était trop dur imaginer repartir de zéro, seule. A ce stade, cela fait à peu près 5 ans que nous sommes en couple. Je ne lâche pas, je continue de me battre. Je ne suis évidemment pas sainte, je fais des erreurs, parfois je le blesse, I mean, nous avons nos problèmes de couple en marge de cette histoire avec sa famille. Rien de bien grave, même si chacun sent le poids de l’accumulation des reproches, des multiples tentatives échouées de changer l’autre, le faire aller dans notre sens. Mais on ne lâche rien, on s’aime vraiment.

Parfois, le quotidien prend le dessus. Nous avons tous les deux beaucoup de trajet à faire la semaine pour rejoindre nos boulots respectifs. A côté de ça, je me mets toujours cette pression de gérer aussi à la maison. Chose que de base j’aime faire, prendre soin de mon chez moi, cuisiner, mais qui perdent toute saveur quand on a l’impression que notre valeur en tant qu’être humain y est liée. De plus, je me sens globalement redevable pour tout ce qu’il a fait pour nous, pour moi dans le passé, notamment financièrement, pour qu’on en arrive à une situation stable. Je comprends après que son but après cela était donc qu’on se pose pour penser la suite, les enfants etc … Je me rends alors compte qu’on n’était finalement pas sur la même longueur d’ondes, ou en tout cas qu’on n’avait pas le même timing. Débuter des relations aussi jeunes, à mon sens, c’est quitte ou double ! En grandissant, on prend des chemins de pensée différents, soit on s’adapte l’un à l’autre, soit … Quoiqu’il en soit, je ne suis pas prête, tout a l’air d’aller trop vite. Il a l’air de comprendre, il attend. J’apprendrai plus tard qu’il pensait secrètement que fonder une famille calmerait aussi sa mère. Or à chaque nouvelle étape, elle avait l’air de signifier encore plus son désaccord pour cette relation, elle n’avait déjà pas apprécié qu’on se pacse … D’autres membres de la famille allaient souvent jusqu’à me donner des tips pour essayer de l’amadouer, on me conseillait de passer par des tantes, d’essayer de m’entendre bien avec celles-ci afin qu’elles plaident ma cause ! Oui, bien-sûr.

Tout au long de cette histoire qui aura alors duré 10 ans, j’aurais souvent ressenti la complexité du flou identitaire. Avoir grandi dans un environnement africain, avec une culture, des normes, des codes à respecter quant au fait d’être une femme et une femme au sein d’un foyer, vs ma vie, mon quotidien en Occident … Tout avait l’air si compliqué parfois. On s’attendait à ce que tu te comportes comme en Afrique sans avoir les mêmes infrastructures, les mêmes aides, les mêmes conditions. Ici tu es considérée comme l’africaine, là-bas comme la blanche. Constamment le fessier entre 2 mondes, à devoir jongler pour t’adapter, te faire accepter, mais surtout te faire respecter. Et tu te dis que tu n’es pas un cas isolé puisque des amies proches, des amies d’enfance, vivent les mêmes schémas. Coincées dans des histoires de couple où leurs hommes veulent être traités comme des chefs de famille, où l’avis de leurs familles et notamment leurs mères comptent bien plus que votre couple, où elles doivent tout assumer en termes de charges à la maison alors même qu’elles travaillent aussi et que l’excuse de l’homme qui s’occupe d’aller travailler pour nourrir sa famille pendant que la femme est au foyer n’est plus valable. Je vous parle de femmes ingénieurs, cadres haut placés dans différents secteurs, de futures avocates sorties d’école qui passent le barreau etc etc etc. Et qui une fois chez elles, doivent jouer le rôle de femme, maman, amante. Et encaisser en même temps le rôle de belle-fille non appréciée par la belle famille. Et pourtant nous sommes tous issus du même endroit. Je ne vais même pas m’attarder à parler des cas dans lesquels on est avec une personne d’une ethnie, pire, une race différente … Certaines familles africaines brisent, détruisent des couples, des familles, et in fine des être humains ! Qu’on se le dise. Combien de situations complexifiées par l’orgueil, la jalousie, le rejet de l’autre… Puis le temps passé, l’énergie investie, à tenter de comprendre pourquoi on ne t’accepte pas, pourquoi tu n’es pas assez bien, qu’est-ce que tu devrais changer …. La reconstruction de soi après ça n’est pas une mince affaire ! Après évidemment vous y mettez les nuances que vous souhaitez hein : « certaines familles africaines, pas toutes », « ce n’est pas qu’en Afrique ou au sein de la communauté africaine » etc etc etc. Je raconte ici mon histoire et je parle évidemment de ce que je sais.

Cela fait 7 ans, peut-être 8 que je suis avec Daniel. Les choses vont de moins en moins bien. On commence à s’avouer à demi-mot qu’on force, qu’on s’accroche au bon, au positif jadis vécu…

Suite et peut-être fin dans le prochain épisode. Who Knows ?! Bon week-end mes gens.

Pomelo.

8 commentaires sur “Roots … Lumière tamisée & Vita Malt.

  1. Bonjour

    Ton article est super intéressant.
    Je te comprends . C’est pas facile de s’adapter avec la culture africaine et d’europe, de bien faire avec la belle-famille

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  2. Tellement de vérités sur ce post. Les fesses entre deux mondes, la complexité d’être une femme africaine dans un foyer africain en Occident et d’y trouver sa place sans perdre son identité… Ça fait du bien de lire qu’on n’est pas seule, qu’on n’est pas bizarre 😏

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